Comme un loup dans la bergerie ou Julien Doré, petit fils de Guy Debord ?

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Cette semaine j’ai l’honneur d’accueillir comme invité libre l’ami Francky01 qui me fait l’honneur de ses visites régulières, grand amateurs de musiques de notre modernité il revient sur un phénomène de société qui invite à la réflexion… et si le pire pouvait engendrer le meilleur ? A vous de lire, écouter, apprécier et vous faire votre propre opinion :

« Et me voici, moi Francky, l’invité libre de Christorama. Me voici donc à écrire un article pour un autre blog. Sous pression, intimidé mais rempli de joie par cet honneur, je prends ma plus belle plume (virtuel car technologie oblige) et je me lance.

Ces derniers temps, vous n’aurez pas pu échapper au phénomène Julien Doré, à part si vous revenez d’un séjour de plusieurs mois sur Mars ou d’une retraite dans un quelconque temple tibétain. Magazines, émissions télé, bref, il est partout. Normal, il est ce que l’on appelle « le bon client » avec ses déclarations provocatrices et son humour décalé. Lui, au centre de l’actualité culturelle, le gagnant nouvelle star, cet anonyme devenue célèbre. Comme disait Warhol : « Tout le monde aura droit à son quart d’heure de célébrité ». Je l’aime bien, il m’a tout de suite plu. Moi qui ne regardais jamais ce genre d’émission, avec Doré, j’ai suivie cette année là (2007) ! Comment ne pas tomber accros de ces reprises totalement décalées et novatrices de « Like a Virgin » entre autre, de son look (ah son tatouage Marcel Duchamp), de ces propos. Il paraissait différent. Mais y a-t-il une vie après ce show ? A le voir, je dirais que oui. Je l’attendais son premier disque, d’autres l’attendaient aussi au tournant, prêt à déchaîner les foudres de la rock critique. Et après un first single sympa, voila « Ersatz » : premier effort musical original, personnel, inventif, rempli de poésie, d’humour et de collaborations prestigieuses (Arman Méliès, Arno, Cocoon, Christophe, Vincent Ségal alias Bumcello et M, le producteur Renaud Letang). Bref, un disque oscillant entre folk, rock, rythmes salsa (« S.S.In Urugay »), electro (« Piano Lys »), porté par sa voix rauque et puissante. Un bon skud quoi ! Mais ce qui retient le plus mon attention ici, c’est sa façon d’évoluer dans le show business. En disciple de Guy Debord, il vit tout ça comme un immense détournement artistique et politique. Déjà à la nouvelle star, il modifiait les paroles de ses reprises, y plaquait de ses idées, citait Debord, Duchamp, Hermane Düne comme référence, avec une magnifique désinvolture et légèreté. Comme pour signaler que tout ça n’était que spectacle et pas si important que cela. Me vient à l’esprit la première phrase de « La société du spectacle » de feu Guy Debord : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacle. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » ! Cet essai, écrit en 1967, est d’une clairvoyance incroyable, surtout en 2008, période d’hégémonie de la télé réalité. A ce point de l’article, soyons honnête, ne jouons pas à l’érudit. J’ai découvert le situationnisme, Guy Debord et son livre « La société du spectacle » il y a pas mal de temps. Mais je n’ai jamais pu le lire entièrement à la suite, je picore plutôt ça et là des idées, des phrases. C’est un livre très complexe.

Julien Doré est un peu « ce loup dans la bergerie », s’immisçant dans le système pour mieux le pervertir. Un peu comme, toute proportion gardée, un politique s’accouplant à un gouvernement afin de changer un peu le système, l’anti Besançenot quoi !

Cet arrière petit neveu de l’immense peintre et illustrateur Gustave Doré a fait les Beaux Arts à Nîmes. C’est là qu’il a découvert Marcel Duchamp et son concept de ready-made : le détournement d’objet usuel et banal  pour ainsi les transformer en œuvre d’art. Avec ses reprises décalées de tubes variété (« moi, Lolita », « les bêtises »), il s’inscrit directement dans sa descendance. Mais n’a-t-il pas fait plus ? N’a-t-il pas créé un nouveau courant, le ersatzisme, comme le dit si bien Gilles Verlant ? En tout cas, il a réussit à faire le grand écart entre le grand public et les amateurs éclairés, pointus et la presse spécialisée (en couverture des Inrocks de juin). Pas mal !   

Récemment, il a participé à « Taratata », la seule émission musicale française digne d’intérêt. Il a interprété en duo avec Carla Sarkozy Bruni « Anyone else but you » des Moldy Peaches. Jolie moment plein de grâce et de beauté.

Amateur de situationnisme, de Marcel Duchamp, de folk rock ou tout simplement de bonnes chansons, écoutez Julien Doré ».

Francky01, 8 octobre 08

Merci encore cher Francky01 pour ce texte intelligent et qui soulève de nombreuses questions… il invite aussi à courir écouter ce premier disque avec beaucoup plus d’attention que mes oreilles d’éléphant n’en ont eu jusqu’à présent. A très bientôt ici…

La semaine prochaine j’espère avoir le grand plaisir d’accueillir ici Nono le petit robot  (il faut que je pense à le lui (re)dire !)… à très vite donc… 



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