la musique des mots ou le silence en moi…

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photo, Gb

… la série tant attendue L’invité(e) libre repart de plus belle avec cette semaine la chronique spéciale pour ce site, réalisée par l’ami Gb. Il nous invite à repenser les souvenirs ou amnésies de nos vies, les best seller, la littérature, les mots, le silence, la vitalité, l’énergie de la pensée….

« Longtemps j’ai vécu avec le silence en moi, sans personne à qui parler. On se dit que dans la solitude on est le maître de son monde. Mais quel monde ? Longtemps je n’ai pas entendu le son de ma voix dans ma tête. Je ne rêvais pas, je ne parlais pas. Même encore aujourd’hui, mes proches, mes chers de ma chair me disent ton silence est pesant. Je n’ai point de souvenirs de moi, je m’aperçois qu’à quarante ans, j’ai du mal à me souvenir de ce que j’ai été. De mon enfance, aucun souvenir. Et mon adolescence commence à s’effacer. Aurais-je du mentir pour meubler le silence ? Mais un jour, je ne sais plus quel âge j’avais et ça n’a aucune importance, je fus sauvé. J’avais acheté un livre, un de ces best seller qui a du façonné notre Président. Vous savez ce genre d’histoire lisse, proprette, ou du ruisseau vous vous élevez au sommet en ayant travaillé dur. c’était facile à lire, et avec ce genre de livre, on apprend pas à lire, mais cela met le pied à l’étrier.

Je n’avais pas compris que dans la littérature, la musique des mots se fait avec la ponctuation. Une virgule est une respiration, un point est une pause. Un auteur peut jouer avec les mots, rendre ce qui est anodin au delà du sublime, transformer une phrase en un rituel de question que le lecteur a bien du mal à comprendre. Il faut dans la musique des mots, être attentif, revenir au sens de la phrase quand bouleversé on ne retient que ce picotement de l’echine. Je me souviens de  » l’ami retrouvé  » de Fred Uhlman commençant son livre, par « Je me souviens d’il y a quarante ans, comme huit mille journées aussi desséchées que des feuilles d’un arbre mort ». C’est donc ça le pouvoir des mots, comprendre le nazisme en quatre vingt pages écrites au plus prés de la douleur. Soudain, les best sellers semble être comme des pages de publicité, on commence la première page, on sait déjà comment cela finira.

Comment résister à la puissance littéraire de Milan Kundera qui ne cesse de nous écrire qu’être immigré c’est être à chaque pas que l’on fait pris entre l’étau de ce que l’on vécu là-bas et ce que l’on doit taire quand, en exil, personne ne veut entendre la musique des mots des slaves, la musicalité arabe ou africaine. Vous avez décidé de venir vivre ici, nous vous demandons de taire votre passé, et même s’il n’y a pas de désert, veuillez, ici, en France, creusez le votre. Platon ne nous l’a-t-il pas écrit, seuls les morts ont vu la fin de la guerre. C’est en lisant que je me suis ouvert aux cultures du monde,à leurs civilisations, à leurs rites, et c’est en refermant leurs livres que j’ai compris qu’il devait être un supplice de taire le pays de sa naissance.

Et puis il y a des écrivains auxquels je me suis refusé, parce que j’avais tant entendu qu’il ne fallait pas les lire. Vous connaissez ces donneurs de leçons qui passe leurs temps à la télé, dans des émissions fourre-tout, nous expliquant que la Duras est une alcoolique, indigne de la littérature française. Mais qui a lu le Ravissement de lol Stein sait ce que l’on ressent, quant enfin libéré des autres, on la lit. On est avec elle, au plus prés d’elle. Quelquefois abasourdit parce qu’elle change le sens de littérature, parce qu’elle exige de nous d’être à son écoute, et non l’inverse, comme ses best sellers qui vont là ou vous voulez que le lecteur aille. Et pour peu qu’on fasse l’effort de l’écouter on en ressort bouleversé.

Mais j’aime aussi lire les romans faciles qui font passer le voyage en train comme une lettre à la poste. Les romans de quais de gare, sitôt lu, sitôt oublié. J’aime m’enfoncer dans un livre, délicatement tourner la page, comme si je caressais le corps d’un homme, et que la douceur de sa peau m’offrait encore l’illusion de savoir aimer et d’être aimer. J’aime relire les mêmes phrases parce qu’elle ont en écho en moi, que je sens dans le silence de mon appartement, ma voix dans ma tête martelant la phrase comme un symphonie ou je serais le chef d’ochestre.

Et quand on dit que mon silence est pesant, c’est parce que, à l’intérieur de moi, j’ai tant de mots des autres, tant de farandoles de phrases, d’arc en ciel, que je trouve les miens vide de sens, ou que j’ai compris que je serai toujours cet adolescent, pauvre, mal habillé, la risée la classe, en sueur dès que son professeur lui posait une question, à laquelle je n’avais pas la réponse, nul en tout, inculte, mais qui a tellement soif d’apprendre, et qui sait que plus on apprend, plus cette soif n’est jamais rassasiée. Parce que chaque livre lu apporte un sens à ma vie, et qu’un autre auteur édifie le mur de ma connaissance. Et livre par livre qui font pierre par pierre les fondations de ma maison, je me dis que tout cela est bien fragile, il suffit d’une phrase, une nouvelle musique pour que, le lendemain, je reconstruise tout. Je serai donc jamais rassasié.

Alors comprenez-moi, je ne peux pas travaillez plus pour gagner plus. Oui, je sais, j’en aurais plein dans mes armoires, ou j’aurais mon écran plasma, mon costume Prada, ma montre Rolex, et ma Mini, mais tant de silence en moi. Gb »

 

Merci encore pour ce beau texte cher Gb (dont le lien de ton blog ne fonctionne plus !!!) et d’avoir spontanément joué le jeu avec un plaisir qui m’a fait plaisir ! A très bientôt donc ici pour de nouveaux textes et commentaires sur les notes journalières. La semaine prochaine j’aurais le grand plaisir d’accueillir ici Nadine S ou NadS pour les intimes virtuels. J’espère qu’elle acceptera cette invitation pour ma et notre plus grande joie… A mercredi prochain…



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